vendredi 31 juillet 2015

MANN VOLUME 1 - Jeremy Mann et son art

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//Chose promise, chose due, voici la version française de l'article.



Pour tout amateur et amoureux des arts, il y a certaines opportunités qu'on ne peut laisser passer. Pour rien au monde. Comme assister à la dernière rétrospective de Moebius à la Fondation Cartier par exemple. Idem pour un nouveau livre rassemblant l'essence des travaux de Vania Zouravliov ou lorsque James Jean sort un de ses Process Recess. Et peu importe ce que cela coûte, puisque A/ le livre en question va se vendre si vite que ça va vous donner le tournis et que B/ Si jamais la chance revient de voir cet ouvrage à nouveau disponible à la vente, on priera les cieux pour qu'il ne coûte pas au moins dix fois son prix d'origine -mais vous pouvez êtes sûrs que ce sera le cas-.
Surtout, vous regretterez nuits et jours la possibilité d'apprécier ces incroyables œuvres à loisir, et de pouvoir en apprendre quelque chose.

Autant vous dire que lorsque j'ai appris la mise en oeuvre d'un livre reprenant les travaux du peintre Jeremy Mann, il était hors de question de contempler une quelconque hésitation.

Ce que je veux dire, c'est qu'il y a de bons artistes. Certains sont même merveilleusement talentueux. Et puis il y a ceux dont, par leur puissance, l'exquise appréciation de leur travail ne nécessite aucune connaissance artistique. Parce que leur travail vous chamboule en votre for intérieur. Le travail de Jeremy Mann est de cette étoffe. Il a la capacité de vous éblouir. En voyant ses oeuvres, on perçoit le travail, on en remarque les évidents coups de pinceau. Mais le coup de génie est que ce processus ne nuit pas au résultat final, bien au contraire : il vous place à l'exact bord entre le réel et le fantastique. Cette juste frontière entre le plaisir immédiat et la nostalgie intangible. Comme cette idée de percevoir les détails d'un souvenir avec une précision cristalline, sans pour autant réussir à capturer   à nouveau l’événement dans son ensemble. Voila ce que Jeremy Mann fait à votre âme. 
Inutile le préciser, quand quelqu'un vous présente ce type d'expérience, vous devez lui rendre hommage. 


Du haut de ses 384 pages, ce livre stupéfiant se propose de revenir sur les sept premières années de production de l'artiste, survolant quelques 10 ans de carrière, de sa première exposition groupée en 2005 (le "50/50 show" au sein de la 1300 Gallery à Cleveland dans l'Ohio) à sa récente Expo solo en juillet dernier à la Pence Gallery de Los Angeles, galerie dont il est un artiste résident. 
Proposant d'innombrables reproductions détaillées aux couleurs vibrantes, ce livre est un fantasme devenu réalité. Ne vivant pas aux US, je n'ai toujours pu que rêver de voir ces peintures de mes yeux, et ce livre nous en offre l'expérience la plus proche.
Après quelques mots d'introduction de John Pence et de Justin 'Coro' Kaufman, le spectacle commence.

En ce qui me concerne, je connais surtout le travail de Jeremy Mann à travers deux types d’œuvres. d'une part, ses 'Cityscapes', et de l'autre ses 'Portraits' (respectivement des portraits de ville et des portraits féminins).


Vivant surtout à Los Angeles et voyageant occasionnellement à travers le monde, Jeremy Man dessine ce qu'il voit tous les jours, et autant dire que sa vision des villes se pose en parfait décor pour tous types d'histoires. Tragédie, Romance, Film Noir, à vous de choisir. Un parfait premier acte pour débuter. Au cours de ces 150 premières pages, Jeremy Mann nous balade au travers d'humeurs citadines humides, claires, aux ambiances principalement nocturnes ou crépusculaires. Elles sont peuplées d'âmes dans une agitation lointaine, saturées de voitures mais sans anaérobie urbaine. Car les espaces vides qu'elles dépeignent ou délimitent finalement vous offrent cette précieuse respiration d'après pluie. Ce sentiment de rosée matinale sans une goûte en vue. Cette subtile vague de chaleur avant la tombée de la nuit, là où l'heure magique semble durer des heures (ce qu'elle fera ici). On peut sentir cette espace et y plonger. On s'y baigne. On ressent cette suspension, comme si nous avions tout le temps du monde. Et avec ce point de vue à hauteur humaine, de la rue ou d'une fenêtre, l'artiste nous offre l'expérience de sa vue propre. Et qui ne voudrait pas s'y repaître...








C'est la même chose pour les portraits féminins. Même si personnellement, j'ai du mal avec cette appellation pour ce qui nous est proposé sur les 142 pages suivantes. Le mot  'impressions' ne colle pas non plus. 'Instantané' encore moins, même si une double page nous fait la faveur de partager un mur de polaroids, révélant un peu de la magie qui opère entre l'artiste et ses modèles.





Une nouvelle fois, je ne suis pas un critique d'art. Je ne suis pas érudit en la matière -pas de façon classique en tous cas-, et j'en suis encore moins un professionnel. Peut-être que la définition du mot colle parfaitement à ce qui se passe ici. La seule chose que je sais, c'est ce que j'aime et ce que je ressens. Et ici, je sens le point de vue de Jeremy Mann. Bien sûr puisque ces portraits -j'ai vraiment du mal avec ce terme qui me semble trop restrictif -  sont très explicites dans ce qu'ils veulent transmettre. Chacun connait l'expression qui veut que les yeux soient le miroir de l'âme. J'ai d'ailleurs toujours trouvé que c'était le meilleur moyen de savoir qui est la personne qui se trouve en face de moi -et on m'a souvent dit que regarder les gens de cette façon faisait partie des choses qui me définissent-.
Les peintures de Jeremy Mann mettent également l'emphase sur ce principe.




L'âme des modèles peints ici se trouve où se trouve leur regard. Quelle que soit leur direction (vers le sol, en eux-mêmes ou fuyant), on voit et ressent face à nous un être qui se met à nu, timidement mais sans honte. Fier mais empli de doute, souvent à la croisée des chemins entre la route prise et celle dont on rêve ou qu'on a laissé passer. Les teintes, souvent bleues ou blanches et généralement monochromatiques, soulignent cet effet d'aperçu furtif au tréfonds de l'âme, cette respiration éphémère qui semble durer éternellement, ce moment auquel l'esprit revient toujours. Bien sûr, cela aide que les modèles soient magnifiques. Mais elles le sont parce leur représentation transpire de la toile. Comme une rencontre, s’échappant de la fin d'un concert de métal dans une maison gothique, ou retranchée à l'issue d'une soirée rock dans une baraque victorienne. La voici, coupée du nombre dans cette pièce recluse, contemplant le présent en besoin d'une pause. Ce moment le plus exquis, juste avant que la magie nous enivre...






Comme précisé plus haut, je connaissais majoritairement le travail de Jeremy Mann au travers de ses Cityscapes et de ses portraits féminins, et j'ai donc particulièrement apprécié ces deux premières parties. 
Dans la troisième section, "Still life", on plonge cette fois non pas dans ce que l'artistes nous offre, mais plutôt dans son jardin secret. Bien que la majorité de cette section se compose d'études et de natures mortes comme le titre l'indique, quelques unes des oeuvres présentées ici dévoilent une partie de sa psyché et de ses intérêts. Je trouve particulièrement parlante le tableau "Kitten" -qui nous place face a un crâne de chat cloué sur  mur de briques- ou "The rabbit foot series", étude sur un trousseau de clé avec une patte de lapin, mais je svis m'abstenir d'imposer mon interprétation de la chose, les initiés n'ayant pas besoin de mes maigres lumières.
Je sais que cela me parle.






Dernière partie mais non des moindres, 'Compositions' nous propose une approche alternative aux "Cityscapes". Résolument monochromes, ces oeuvres se distinguent vraiment de celles proposées précédemment en cela qu'elles sont bien plus unidimensionnelles. Elle se rapprochent bien plus d'ancien clichés. De majestueux colosses, du genre que l'on retrouverait dans le grenier d'un millionaire récemment trépassé, souvenirs saisissants d'un illustre Citizen Kane.




J'ai voulu écrire cet article avant de lire les 4 pages rédigées par Jeremy Mann a l'issue de ce gargantuesque ouvrage parce c'est d'une part une conversation que je veux garder pour moi, mais également parce que je ne voulais pas qu'elles influencent ce que je pensais de son travail jusqu'alors. Mais ces pages sont bien ici afin que tout le monde en profite, servant de conclusion a cet extraordinaire bastion.



Voila, un modeste hommage a ce livre et à un artiste qui est un cadeau pour cette terre. J'espère que cela vous a donné envie de connaitre un peu plus son travail si ce n'est pas déjà le cas, et éventuellement d'acheter une de ses oeuvres, ou tout du moins de vous procurer cet ouvrage que je vous recommande chaudement.




MANN VOLUME 1 est en vente sur le site de l'éditeur 827INK. Comme vous l'avez deviné, il vaut largement ses 95$, même si l'on inclus les 60$ supplémentaires qu'il a fallu rajouter pour que ça arrive en France (le pavé pèse tout de même 4,5 kg. Dimensions : 31.5 x 32 x 4 cm). 

Pour plus d'infos, vous pouvez aller faire un tour sur le site internet de Jeremy Mann ou visiter la page qui lui est dédiée sur le site de la John Pence Gallery, y flâner et voir quelles oeuvres y sont encore disponibles à la vente.

Pour finir, sachez que l'artiste est le sujet d'un documentaire réalisé par le talentueux réalisateur  Loic Zimmermann.
Intelligemment titré A Solitary Mann, le documentaire a été diffusé pour la première fois le 23 juillet dernier au Roxie Theater à San Francisco. Si comme moi, vous êtes dépités de ne pas pu avoir assister à la projection, sachez que le film sera disponible en ligne à partir de décembre prochain.
En attendant, vous pouvez profiter de la bande annonce ci-dessous. 

A journey into the world of Oakland based painter Jeremy MANN.


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