lundi 23 janvier 2012

I saw Lisbeth this week-end...

...And it was fantastic.

Je croyais arriver en retard à la séance, mais je suis finalement tombé dans le siège pile au moment où le logo Columbia laissait la place aux premières maîtrises de cadre de David Fincher.


Pour faire vite : Mikael Blomkvist, éditeur en chef et journaliste du magazine de premier ordre  suédois Millenium vient de s'en manger une méchante : quand on a le malheur d'accuser un ponte de malversations sans mettre la main sur de solides preuves, la justice et les concurrents font bonne chair de vous. Résultat : un pause forcée qui tombe pile pour qu'un richissime industriel à la retraite loue ses services histoire de résoudre une disparition de 40 ans. Afin de mener son enquête à bien, Mikael fera appel à une jeune enquêtrice underground, la belle tattooed du titre, l'ayant disséqué pour l'industriel.


Renommée internationale des best-sellers de Stieg Larsson et d'une première adaptation ayant révélé au monde son incroyable et charismatique actrice principale Noomi Rapace...Forcément, quand on va voir un film de ce calibre, on met immédiatement de côté les idées qui font débat pour du vent et fâchent les fanboys & girlz.
Le pourquoi de cette nouvelle adaptation par Fincher tombe d'ailleurs sous le sens pour qui a un peu suivi le parcours du réal de Se7en et Fight Club. Persos libres et badass luttant contre la bête infâme et l'obscurantisme -le nazisme, la misogynie, la violence-, ce en utilisant tous les moyens disponibles (là où Tyler Durden menaçait d'une arme -vide- les branleurs, Lisbeth et Mikael hackent leur way vers la vérité et collent des tartes). Le tout dans une atmosphère cuir-techno-métal bien suintante. Pour le coup, je n'ai pas été surpris de lire (vrai ou faux ?) que le réalisateur avait déjà envie de se pencher sur ce morceau avant que l'adaptation suédoise ne soit mise en branle. D'ailleurs, ouste l'idée de trouver un film avec une résolution différente de celui qu'on a déjà vu, du moins pour l'intrigue principale.


Mais à une époque où beaucoup de films se ressemblent, est-ce vraiment là le plus important ? Je dis non.
Car tout respire le frais dans cette nouvelle version.
Passons sur l'inévitable beauté des plans, sur l'agencement des décors à la production magnifique, sur une suède froide et immaculée, sur la photo magnifique du fidèle Jeff Cronenweth (Fight Club, The Social Network) et sur le look définitivement Cupertino de l'univers informatique. Slick, neat, classieux et efficace. Au delà ce cette plastique confortable, propre et luxueuse (je n'en attendais pas moins), j'ai découvert un traitement autre, dont deux points m'ont particulièrement marqués. Assez en tous cas pour placer le métrage dans le top 3 de mes films préférés du réal (et vu que lui-même est dans mon top 5 ever, c'est dire).


Premièrement, on va droit au but : le rendu de l'intrigue est ici beaucoup plus mathématique, plus sec, du coup plus efficace, et accessoirement plus simple à comprendre. Dans le long-métrage de Niels Arden Oplev, Lisbeth continuait de façon active à suivre ce qui arrivait à Mikael Blomkvist après avoir fait son portrait pour l'industriel suédois. Elle suivait ses recherches, restait connectée sur sa boite mail et son desktop, allant jusqu'à lui donner des indices et faire des recherches en parallèle sur les éléments que découvre le journaliste. Dans cette première version, l'entente entre les deux larrons est d'ailleurs quasi-fraternelle. Elle tombe sous le sens. Ils se retrouveront au fil de l'intrigue, on attend que ça, comme si un lien psychique les liait depuis le départ. Ils s'entendent tout de suite comme larrons en foire, collaborent immédiatement. Leurs échanges sont parfois légers, presque drôles (« hop, j'arrive dans ton salon, je bois ton café, ah non merde il est dégueux »). Pas besoin de discuter le bout de gras, pas besoin de tergiverser, tout est entendu d'avance.


Dans le Fincher, c'est presque le contraire. Si l'on met de côté la première rencontre virtuelle à sens unique entre Lisbeth et Mikael (elle sait tout de lui, il ne sait pas qu'elle existe), les deux protagonistes vont chacun suivre leur chemin. Le gros avantage de cette narrative est qu'elle nous permet de voir Lisbeth dans son environnement naturel de façon plus franche. Elle n'est pas un personnage qui réagit ou vit par rapport à l'intrigue, mais par rapport à son environnement. Elle existe, tout simplement, et il faudra attendre que Blomkvist débarque chez elle et la trouve nue -au propre comme au figuré- pour que le déclic s'opère quand il lui annoncera être à la recherche d'un tueur de femmes.
A ce titre, je trouve que Fincher a fait le bon choix en donnant le rôle à Ronney Mara. A l'inverse de la dure, virile, vindicative, fabuleuse version de Noomi, et si toutes les deux sont victimes de leur retrait face à la société, la nouvelle Lisbeth est sensible, peu sûre d'elle, presque timide, et tout aussi réelle. Elle assume sa différence, ses traumas, mais n'a pas refermé les blessures du passé. Elle est forte, mais porte encore ses blessures à fleur de peau. On l'observe catastrophée quand elle découvre son tuteur terrassé par une attaque (les versions suédoises -longue ou courte- se fendaient d'une ellipse). On la voit déstabilisée, hésitante et meurtrie quand le remplaçant de celui-ci la malmène. Puis revancharde bipolaire là où Noomi était juste vengeresse. Timide à nouveau quand elle se fait draguer en boite. Passant une étape et surmontant cela quand elle saute (sur) Blomkvist, assumant un instant sa nouvelle force. Mais toujours enfant quand, à la fin, elle demande au journaliste fraîchement sauvé la permission de finir le travail. Bref, une véritable construction de personnage en bonne et due forme, subtile, en contradictions et donc en humanité, qui donne d'autant plus de force à une ultime séquence bouleversante, brutalement expédiée dans la version suédoise.


N'oublions pas le traitement réservé au journaliste, incarné ici par un Daniel Craig très loin de James Bond. Moins accessoire et icône fonction lui aussi, il nous dévoile un Blomkvist à la vie de famille plus présente et complexe : sa jeune ado et catho de fille le rend plus impliqué dans l'enquête, sa situation est plus subtile, on découvre ses vues libérales sur la religion... Il est aussi plus entier, plus sérieux, moins dans la répartie et la gaudriole, poussant un peu plus l'œuvre dans le neo-noir cher à Fincher.


Les érudits le savent, ce premier opus n'est que l'introduction de la véritable histoire contée dans la trilogie Millénium. Ici on découvre les personnages, leur relation, et une brève fenêtre sur la passé de Lisbeth qui deviendra par la suite le véritable noyau de la saga. Par chance, le succès de cette nouvelle adaptation, s'il n'est pourtant pas mirifique, est au moins porté par les adorateurs du roman. Il aura donc suffit pour que la production des suites soit déjà confirmée, avec un tournage dos à dos des deux prochains épisodes. Reste à espérer que Fincher reste aux commandes pour entrer comme il se doit dans le vif du sujet de celle que certains considèrent déjà comme un Tyler Durden au féminin.
Je n'irai sans doute pas jusque là (Lisbeth est un véritable personnage là où Tyler est une contestation), mais je remercie déjà l'œil avisé du monsieur pour avoir donné à la miss un tatouage digne de ce nom, le suédois l'autre était immonde, et c'est après tout le titre du film US. L’envoûtante musique de Trent Reznor + Atticus Ross permet de sceller le morceau, à l'image d'un générique iconique, imparfait (on avait pu le voir dans Tron Legacy du filleul Kosinski, les visages en CG, c'est pas encore ça) mais perturbant dans ses idées.


Au final, j'ai découvert un tout autre film, prouvant une nouvelle fois que ce n'est pas parce que le scénar originel est le même que l'on accouchera d'un film identique. Kudos au passage au scénariste Steven Zaillan, qui s'il n'a pas toujours bossé sur des merveilles (Hannibal, Gangs of New York, le premier Mission : Impossible dont je ne retiens que les 20 brillantes premières minutes), a au moins signé les scripts du Stratège avec Aaron Sorkin et surtout de La liste de Schindler (excusez du peu). Oui, un oeil de réalisateur et un parti pris scénaristique autre, ça compte.

Il faudra juste qu'un de ces quatre, je me décide enfin à lire ces satanés bouquins !