vendredi 6 mars 2015

The Mind in the BoX

Tous les créateurs ont en eux une oeuvre fondatrice. Pas fondatrice dans le sens ou elle les as aidés a fonder ce qu'ils sont. Plutôt dans le sens ou elle a été créée par eux à un moment où ils étaient en train de se construire, et dans laquelle ils ont placé toutes leurs thématiques durant une époque où ils n’étaient encore qu’en proie à eux-mêmes.
Certains débutent leur carrière avec, ce qui a souvent pour effet de nous offrir des œuvres aussi belles qu'elles sont parfois maladroites, mal taillées, et dans lesquelles l'énergie qu'elles convoquent le dispute au déséquilibre qu'elles affichent.


D'autres ont la chance de pouvoir se présenter avec d'autres projets. Au lieu d'adapter sur le long une bonne idée de court métrage qui les a menés là, ils taisent leurs envies, peut-être parce qu'ils ont déjà grandi et les ont dépassées, parfois parce qu'ils n'ont pas la maîtrise, le budget ou le contrôle pour s'y atteler.
Mais les bonnes idées, pures, brutes, ces idées fondatrices d'une œuvres longue sont parfois si fortes que les créateurs y reviennent. Pour James Cameron ça a donné Avatar. Une oeuvre dont la pure simplicité des événements et des thématiques s’explique par la date de sa genèse, mais qui a pu bénéficier d'années de création, de direction, de lutte, de production, de réflexion, d'amour du conceptuel.


Avec son premier court Tetra Vaal, Blomkamp nous montrait qu'il en avait dans le bide, mais a préféré ne pas être un de ces sempiternels messieurs qui adaptent et étirent leur court en long, et par la même, évité de se voir cantonné à cette seule idée et à ses seuls designs. Il a eu l’audace, l’intelligence et l’opportunité de pervertir son Burg en ce chef d’oeuvre qu’est devenu District 9. Plus varié et plus massivement pamphlétaire que cette idée de départ, District 9 a œuvré dans le bon sens pour son auteur. Mais il a également oublié d’exorciser des images que Blomkamp avait sans doute déjà en tête quand, du haut de ses 14 ans, il rencontra le déjà producteur, réalisateur et futur acteur star Sharlto Kopley, avant le succès mutuel que l’on connait.


Ces images, nous les retrouvons ici dans Chappie, film du coup beaucoup plus intimiste que District et Elysium, qui voit un robot s’élever au sein de la masse de ses semblables policiers quand son créateur le dote d’une intelligence artificielle, logique évolution du concept.
Ici, Blomkamp exorcise donc ses envies d’artiste en gestation en s’offrant la séquence d’extension à son court métrage -un rush bien bourrin-, avant de sortir de ses tripes la ré-appropriation de ses références. On s’excusera ainsi de voir ici et là un nombre incalculable d’hommages à -pour ne citer que ces deux oeuvres- Half Life 2, Appleseed -Blomkamp est un gros fan de Massamune Shirow- et surtout à Robocop, dont le Ed 209 et les plans de méchant volant à travers les baies vitrées d’une salle d’administration évoquent un évident « I work for Dick Joooones » de circonstance.


Sans avoir la portée des œuvres sus-citées (les siennes et les autres), sans doute parce qu’il se donne un léger goût d’inachevé par rapport à ce qui précède, Chappie est un film d’enfants pour adultes, jouant le contraste entre la fable pour moins de 12 ans et la saignée d’adrénaline, le fun rigolard et l’envie de crier, la naïveté galopante et la littérale prise de conscience. Ce conte de fée plus profond qu’il s’en donne bien l’air sonne finalement comme une respiration dans la (courte mais lourde) filmo de son auteur, comme un passage à l’âge adulte d’un ado qui s’autorisait encore à se focaliser plus sur ses concepts que sur ses thématiques.
Libéré de tout ça, l’homme a désormais l’esprit libre de se consacrer totalement à un Alien 5 qu’on s’autorise à espérer magistral. Note : 3,5/5

NB : A noter la présence dans ce film d'un casting de malade : Tandis que Sharlto Kopley remplie et incarne de façon invisible le sympathique robot -devenant pour Blomkamp ce qu'Andy Serkis est à Peter Jackson-, Sigourney Weaver (que le réalisateur retrouvera sur Alien 5), Hugh Jackman et Dev Patel trônent en haut de l'affiche accompagnés par Ninja et Yo-landi Visser, les deux interprètes du groupe Sud Africain Die Antwoord. Un groupe dont l'énergie et les excès font autant d'étincelles à l'écran qu'ils ont -d'après les membres de l'équipe- pourri le tournage pour un peu tout le monde. Live up to the gangsta hype.

Pour donner une idée du bordel à ceux qui ne connaissent pas... (attention, NSFW).